Trek dans la jungle de Sumatra 1

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24/04/2014 - Pays : Indonésie - Imprimer ce message Syndication :
24 avril 2014
Ketambe, île de Sumatra, Indonésie
Pondok Wisata Guesthouse (8 $, pas de douche, rats et coquerelles incluses)

Le détour vers l'Indonésie que l'on se tape après les Philippines vise un grand objectif : voir des orangs-outans dans leur milieu naturel. La forêt humide de Sumatra est l'un des endroits où on peut encore en observer, si on a un peu de chance. Après la religion bouddhiste, puis catholique, nous voici dans le plus grand pays musulman de la planète. Arrivée par avion dans la ville de Medan, la 3e plus grande du pays. Aucun intérêt à rester ici, on se dirige immédiatement vers le village de Ketambe, en pleine jungle montagneuse. Nous avons un transport privé qui nous y emmènera en sept bonnes heures de route. Départ de l'aéroport vers 14h. Il y a du trafic en masse pour sortir de la ville. La route est étroite et les conducteurs sont nerveux et impatients de passer devant, le nôtre inclus. En route, on passe devant le volcan Sinabung qui a fait une éruption spectaculaire il y a quelques mois et a couvert la région de cendres. Encore interdit de s'en approcher car il est en activité. Notre chauffeur a du sang de pilote de Formule 1. Il ne tolère personne devant et double n'importe quand. Mais tout le monde fait pareil ici. En prime, nous devons endurer son CD de musique arabo-indonésienne qu'il nous fait écouter en boucle à high. Pu capable après deux heures de route. On en a encore cinq à venir. Quand il sort de la voiture pour aller aux toilettes, pour faire le plein, se chercher un lunch etc., on en profite pour baisser le son. Mais il s'en aperçoit et le remonte aussitôt revenu dans la voiture. Zut ! Quand la nuit tombe, on arrive dans un secteur montagneux où un gros orage a éclaté quelque heures plus tôt. Des torrents d`eau traversent encore la route et les villageois que l'on croise ont la pelle à la main pour dégager la boue qui s'est accumulée sur la chaussée. Ça rend la route glissante mais ça ne modère pas notre fou de chauffeur. Surtout dans les courbes en descente, j'ai un peu la chienne assis devant. Il n'y a pas de garde-fou et c'est la chute dans le précipice si on glisse dans une courbe. On lui demande de ralentir, ce qu'il fit durant cinq minutes avant de reprendre son rythme à lui. On passe à toute vitesse à la noirceur dans des villages où des gens (enfants inclus) marchent au bord de la route. Le klaxon ne dérougit pas. Notre homme est un véritable danger public pour quiconque se trouve sur la route en même temps que lui. Pas très drôle. On arrive finalement à Ketambe à l'heure de dormir. C'est très très humide en raison de la pluie récemment tombée. En fait, l'île de Sumatra devrait être en ce moment en saison sèche jusqu`à la fin de mai. Mais la saison des pluies est déjà commencée depuis quelques semaines.

On a une journée de flottement avant que notre trek de trois jours ne commence. Ça nous donne un peu de repos dont nous aurons grandement besoin. On se ballade à pied sur la route du village. Un gros bonhomme sur sa moto nous apostrophe en nous faisant comprendre de la suivre. Bon, qu'est-ce qu'il veut encore ? Il nous pointe vers un grand arbre. Deux grosses taches brunes-orangées y bougent. Ce sont nos premiers orangs-outans. On s'approche en passant par la forêt. Il s'agit d'une femelle avec deux petits. On les observe pendant une bonne demi-heure avant qu'ils ne s'installent dans leur nid de feuilles pour la nuit. Un début inespéré. Peu de temps plus tard, on a droit à un orage. Ça sera comme ça tous les jours. C'est chaud et très humide. Un concours de circonstances surréaliste se produit au guesthouse durant la soirée. Une dizaine de travestis se donnent rendez-vous ici pour se mettre belles avant d'aller à une fête. Des collants, du maquillage, des bourrures. Il y a en a un qui a la face poudrée de blanc comme une geisha. N'oublions pas que nous sommes dans un minuscule village en terre musulmane. Pas les plus tolérants pour ce genre de choses. Mais ça passe dans la bonne humeur. Autant de travelos dans un si petit village, c'est très très surprenant. Il doit y avoir un nid tout près d'ici.

Vo
ici arrivé le jour du départ vers la jungle. Après le petit-déjeuner, on enfile des pantalons longs et on nous fournit des guêtres qui vont empêcher les sangsues d'entrer dans nos pantalons et chaussures. Elles sont en effet omniprésentes sur les sentiers et se cherchent du sang chaud. Malgré les précautions, certaines se faufilent. On aura droit à quelques morsures qui mettent du temps à coaguler. Sans douleur mais dégueulasse à souhait. Une bande de singes Thomas Leaf vient près du guesthouse saluer notre départ. Et c'est parti. Renée et moi sommes accompagnés de Mansyah notre guide et de Saïd qui sera cuisinier et porteur du matériel commun : tente, nourriture, tapis de sol, etc. Nous avons une excellente complicité avec nos deux accompagnateurs. Mansyah est toute une bibitte. Il a vraiment la gueule d'un homme des bois. Il parle bien anglais et connaît la forêt comme le fond de sa poche. Il est, tout comme son père, cueilleur de ruches d'abeilles dans les arbres. Il monte jusqu'à une trentaine de mètres, pas attaché, sur des clous plantés dans le tronc pour aller chasser les abeilles avec de la fumée et détacher les ruches pour les emmener au sol et récolter le miel. Il perd pied et il est mort. Il nous a fait une petite démo de son art sur un grand arbre, sans aller jusqu'en haut toutefois. Saïd a un lourd passé derrière lui. Il a été enfant-soldat durant la révolution du début des années 90. Il a combattu l'armée indonésienne et a déjà tué du monde. Une partie de sa famille a été exécutée parce qu'elle n'a pas voulu révéler où se cachait Saïd dans les bois. Bref, rien de banal.

On entreprend notre balade dans la jungle qui est très dense dès le début du sentier. Nous sommes dans un territoire protégé appelé Gurah Recreation Forest. Il s'agit d'une forêt primaire jamais bûchée et située en terrain montagneux. Il y a des arbres de 40 - 50 mètres qui sont multi-centenaires. L'air et le sol sont saturés d'humidité. Ça sent bon. Durant notre progression, il faut regarder où l'on met les pieds et aussi les mains. C'est le royaume des bestioles ici. Il y a des points de curiosité partout. Des insectes et papillons, cris d'oiseaux et de singes. Il y a un fond sonore permanent de chants d'insectes. Les arbres sont vraiment majestueux. Mansyah s'arrête, écoute, observe les alentours et la cime des arbres. Il veut localiser des animaux pour nous, surtout des orangs-outans. Ces grands singes se déplacent en permanence et il faut compter sur la chance pour les croiser au bon moment sur le sentier. Certains signes indiquent toutefois leur présence. Notamment l'odeur de leurs crottes aux endroits qu'ils fréquentent régulièrement, près de leur nid par exemple. On sent justement une vague odeur d'écurie à un moment donné. C'est bon signe, mais pas de singes en vue. Même chose un peu plus loin. Cette fois, ça y est. Mansyah vient de détecter une femelle solitaire dans un arbre. On pose les sacs à dos dans le sentier et on descend dans la forêt pour avoir un meilleur angle de vue et un meilleur dégagement de la végétation. Quel bel animal. La bête nous observe depuis sa branche et droppe une belle crotte. Doit-on interpréter cela comme un cadeau au visiteur ou comme une manifestation de mépris ? Enfin, l'animal fout le camp dans sa quête permanente de nourriture. On revient tout guilleret récupérer nos sacs à dos dans le sentier pour poursuivre notre traque à la bête sauvage. Surprise, la crotte de tout à l'heure a foiré directement sur nos sacs. Pas de farce ! La jungle est immense mais tabarnak, elle nous a chié dessus direct dans le bull's eye. La vague odeur d'écurie n'est plus vague du tout. On nettoie ce qu'on peut avec des feuilles mais ça ira au prochain cours d'eau pour enlever le tout. Nous sommes maintenant expert es crottin d'orang-outan. Dire qu'on a payé pour ça... On arrive en fin de PM au site où nous passerons la nuit. Un endroit superbe au bord de la rivière Gurah. On va s'y rafraîchir dès notre arrivée. Saîd monte le campement, part un feu et prépare le souper. Une petite partie de cartes avec nos accompagnateurs et on va au dodo vers 20h30. Il pleut fort durant la nuit mais nous sommes bien à l'abri et dans nos sacs de couchage. Le matelas de sol n'est pas épais et on doit se retourner aux demi-heures pour changer de position et le mal de place.
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Par michelle t
le 24/04/2014 à 15:23:48
Ha!Ha!Ha! Bonne journée! Vous avez fait la mienne. Mais je ne souhaite pas vous imiter.xxx
Par michelle t
le 24/04/2014 à 16:34:21
A la prochaine crotte et les autres,prends des photos pour partager avec nous.

Pierre.
Par Renée & Jean-Pierre
le 25/04/2014 à 02:32:00
Bonjour Pierre,
Je te jure que la priorité n\'était pas de prenre une photo. Ça pressait de faire le ménage.
J-P
Par michelle t
le 24/04/2014 à 16:39:46
A Sotchi nous avons aussi vécu une virée mémorable en taxi, mais de courte durée par rapport à la vôtre, musicale aussi et filmée en entier (2 ou 3 minutes). Le plus grand danger était le trottoir, pas le précipice, et plus pour le cycliste croisé que pour nous.

Je suis contente que vous ayez survécu.
Par Michel April
le 24/04/2014 à 18:57:27
Que je vous comprends! La musique arabe ça peut toujours passer, mais pas quand t\'es pris pour l\'écouter... PRIS dans un autobus avec un chauffeur fou et de la musique tonitruante: c\'est trop pour moi!!! Je démissionne!
La jungle, par contre!
Bon courage!
Par Louise Savoie
le 25/04/2014 à 01:39:48
Vous êtes nos héros.

Continuez à vous émerveiller et à nous raconter

vos aventures pas banales du tout...


André et Louisexxx
Par guill
le 25/04/2014 à 16:05:18
Quand je pense; que vous êtes allés dans la jungle avec chaleur, humidité et sangsues, pour voir des singes...à St-Etienne-des-Grès, il y en a un gros, qui vous accueilleraient déjeuner compris. Les excréments sur le sac à dos sur demande seulement. Prudence avec les transports hors du commun. Câlins
Par Carole Aumais
le 28/04/2014 à 20:51:20
Trop ri en lisant ça J\'ai été obligée de m\'expliquer auprès de mes voisins..

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Renée & Jean-Pierre

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